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Jean Roger, céramiste d’exception

C’est avec le dernier mouvement d’exode rural après la Seconde Guerre Mondiale que Jean Roger quitte en 1947 son village natal de Bazeille dans le Lot et Garonne, il est alors âgé de 20 ans et a seulement à son actif une formation de potier tourneur. Arrivé à Paris il s’associe pour fonder un atelier de poterie, consacrant pour le projet une somme récoltée grâce à la vente des meubles de son village natal.

Jean Roger s’installe donc au 4ème étage de l’ancienne maison des gardes d’Henri IV, atelier doté d’un vieux four de 1910 se maniant avec une poutre en bois. Il baptise cet endroit « le pigeonnier » du fait de sa hauteur. Il est sera le théâtre des premières années du succès de Jean Roger, marquées par le labeur et le poids des sacs de terre portés à même le dos jusque l’atelier haut perché…

Pendant 5 ans Jean Roger fait sa place parmi ses rivaux, et c’est en 1953 qu’il fait le pari de l’originalité par rapport à un milieu dans lequel les créateurs se différenciaient très peu. Il crée alors ce qui deviendra des succès : collection d’animaux, de « vases clous », de calices ou de services à orangeade dans un style très personnel. Ce style inspirera notamment le célèbre Hans Knoll dans la confection de ses tables et chaises.

Quelques mois plus tard le céramiste assiste à une représentation aux « Folies Bergères » pour laquelle son oncle avait peint les décors. C’est là qu’en observant la légèreté des costumes de danseuse en plume d’oie que lui naît une nouvelle idée, il décide de créer des modèles en faïence qui s’en inspirent afin d’alléger la lourdeur naturelle du matériau. Ainsi sont produits les premiers bougeoirs « tulipes » ou « flammes » ainsi que les vases oursins et les services choux.

Objets décoratifs en forme de Palmier et Ananas ainsi que lampes et vases sont les créations de sa première collection exotique qui connut un immense succès. C’est quelques années plus tard qu’il crée sa célèbre grenouille verte, s’inspirant des sculpture ancestrales chinoises, qu’il déclina en plusieurs tailles et couleurs.

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Du Parc Royal à la Place des Vosges

En 1962, Jean Roger déménage son atelier rue du Parc Royal avec sa femme Ginette. Et c’est suivant l’intuition de cette dernière qu’il crée la série des lampes dans la lignée du mouvement de reconstruction d’après guerre. Cette série est aussi inspirée des ornements chinois, style cher au céramiste, et grecs.

Cette dernière série marque le début d’un succès mondial pour Jean Roger : ses client se composent d’ambassadeurs et consuls de France du monde entier, des célèbres maisons Dior ou Coco Chanel, de designers renommés comme Royère, Jansen, Barret, Sacks, Lapidouse,… sans oublier les célébrités de l’époque : Dalida, Gilbert Becaud, Eddie Mitchell ou encore Margaret d’Angleterre et Jackie Kennedy; qui se pressent à l’atelier pour passer des commandes sur mesure.

Et c’est en 1971, le Chah d’Iran lui même demande à Jean Roger de concevoir les milliers de bougeoirs destinés à éclairer les tables de réception des mythiques Fêtes de Persepolis.

Avec cette notoriété acquise, le céramiste prend son fils Jean-Jacques sous son aile et décide de changer une fois encore d’atelier pour s’installer cette fois-ci place des Vosges, emplacement encore occupé aujourd’hui. Jean-Jacques apprend les ficelles du métier, et apporte sa touche personnelle. Il crée en 1968 les premiers échantillons de laque en trompe l’oeil peinte sur faïence.

Il sera le premier à utiliser cette technique sur de la faïence, laquelle était utilisée jusque là sur des matériaux comme le bois, le plâtre ou la résine. Il devient le spécialiste de la décoration peinte sur faïence qu’il perfectionne jusqu’à pouvoir reproduire les motifs et les couleurs des tissus de ses
clients, ce qui est la force du sur-mesure proposé par l’atelier, l’élément décoratif s’approche de la perfection. Le duo père-fils fonctionne à merveille. Ces nouvelles collections permettent ainsi à l’atelier de prendre le tournant de l’époque et de perdurer.

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La notoriété installée

A la clientèle de décorateurs et célébrités désormais fidèle, se joint alors celle des palaces (Plazza Athénée, Koenig Hotel), des familles royales du Moyen Orient (Quatar, Arabie Saoudite, Jordanie), et des grandes familles industrielles françaises (Bouygues, Leclerc, Dassault).

La marque Jean Roger est désormais forte d’une notoriété internationale, elle est connue par tous les amateurs et Jean-Jacques Roger va l’implanter de manière durable de l’autre côté de l’Atlantique. À la fin des années 1990 il signe un partenariat avec la prestigieuse maison John Boone Inc, un showroom art & design à New York qui regroupe les plus grands créateurs. Ce fut la remise au goût du jour de la gamme des années 1960, avec ses lampes flammes et artichaut, qui renoua avec le succès auprès du public américain. Jean-Jacques Roger reproduit même les créations classique de la marque en grande taille, jusqu’à 120 centimètres de hauteur. La rumeur a couru que même la Maison présidentielle pourrait accueillir quelques exemplaires.

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François Roger : le petit fils prend la relève

En 2007, l’histoire de l’atelier Jean Roger manque de s’arrêter. Jean-Jacques a des problèmes de santé et qui ne lui permettent pas d’assurer la production. Et c’est alors que son fils François, annonce à la surprise de tous sa volonté de continuer l’aventure familiale.

Sommelier de formation, François passe alors de l’amour des terroirs au travail de la terre, cette reconversion murissait dans sa tête depuis longtemps, considérant la reprise de la maison familiale comme un accomplissement personnel. Son père Jean-Jacques accepta de le former, et de son côté, François pris 5 années de formation intensive auprès d’un maître tourneur : Thierry Fouquet. Mais aussi du sculpteur Philippe Seené et il bénéficia d’une introduction au dessin et à la
peinture par Melissa Pinon.

Adoubé par ses pairs et ses aïeux, héritier de techniques et de savoir faire uniques, François Roger souhaite aujourd’hui faire perdurer l’expertise et l’inspiration originelles de la marque, tout en continuant de la faire grandir avec autant d’audace, d’intuition et de talent que son père et grand-père.